jeudi 30 juin 2011

SAINT-TROPEZ Protection des Canoubiers

Réensablement des Canoubiers les posidonies menacées ?

ENVIRONNEMENT Bloqué depuis janvier par les services de l'État, le projet
de digue sous-marine représenterait un sérieux risque pour l'environnement

Arracher les pieds de Cau­erpa taxifolia, recharger en sable les zones où l'érosion de­vient une menace, détruire les ouvrages sédentaires... Les re­commandations, émises en 2004 par le bureau d'études BCEOM, n'auront finalement servi à rien. Sept ans après la publication de leur rapport(1), la partie ouest de la plage des Canoubiers - entre le chemin Sainte-Claire et le chantier Folco - continue de rétrécir à vue de nez.
A certains endroits, comme de­vant la villa Petit-Grammont, elle a même quasiment disparu, et les vestiges d'un vieux mur ren­dent la balade carrément impra­ticable. "La plage s'est réduite de sept mètres en seulement quatre ans. Par grosse mer, les vagues viennent directement s'écraser dans notre jardin », constate un riverain.

L'État pose ses conditions

À qui la faute ?
Aux navires qui jettent l'ancre dans la baie sans prêter la moin­dre attention aux herbiers de posidonies ? Ou, peut-être, la suppression du ponton de l'usine des câbles, qui proté­geait le sable du vent d'est ?
"Cela a été fait en toute bonne foi, mais les dégâts ont été consi­dérables" reconnaît l'adjoint à l'environnement, Pierre Resti­tuito.
Quelles qu'en soient les raisons, il n'existe aujourd'hui pas trente-six solutions pour ren­graisser la plage et lutter contre ce phénomène qui rabote, cha­que année, des kilomètres de paradis ensablés.
Selon les dernières études, me­nées par le bureau ICTP à la de­mande de la Ville, l'immersion d'une digue sous-marine, com­posée de boudins en fibre géo­textile, aurait (peut-être) pu ré‑
soudre cet épineux problème. "C'est un procédé efficace. On a prévu de placer, perpendiculaire­ment aux traits de côte, une di­zaine de boudins remplis de sable. Le coût du projet s'élève­rait à 400000 euros " détaille l'adjoint aux affaires maritimes et portuaires, Franck Boumen­dil.
Mais, après six mois d'attente, le projet n'a toujours pas reçu le feu vert des services de l'Etat. La faute à un accord internatio­nal (Ramoge), qui interdit l'ins­tallation de tels ouvrages à proximité des herbiers de posi­donies. Une plante protégée par la convention de Berne.
"Nous n'avons rien contre ce projet, mais nous voulons avoir l'assurance que les herbiers de
posidonies ne seront pas abîmés. Ces plantes luttent naturellement contre l'érosion, et elles nourris­sent les poissons. L'accord Ra­mage préconise une distance mi­nimale de 10 mètres, entre les futurs ouvrages et les posidonies. Si ce point n'est pas respecté, au­cune dérogation ne leur sera ac­cordée ",
prévient Michel Pignol, directeur départemental des ter­ritoires et de la mer.
Et il n'est pas le seul à douter. À l'Observatoire marin aussi, on voit tout ça d'un mauvais oeil... "Ce secteur a déjà été pas mal dégradé, et une opération aussi lourde pourrait causer d'autres dégâts indésirables", estime Jean-Philippe Morin.
Malgré ces mises en garde, les élus tropéziens campent sur leur position. "L'administration essaye de nous mettre des bâtons dans les roues. Tout ça pour sau­ver quelques posidonies (sic)", s'était ainsi plaint Pierre Resti­tuito, fin mars, lors d'une réu­nion publique aux Canoubiers.

Soutien de Bolloré

L'adjoint étaye ses déclarations. "On est bloqués, par des lois ab­surdes. Les posidonies sont à cinq-six mètres du bord, et on nous demande d'installer les bou­dins à au moins quinze mètres... Il faut què tout le monde fasse un effort pour qu'on puisse trou­ver une solution" réclame-t-il. Si la commune cherche tant à accélérer le processus, c'est qu'elle dispose d'un sérieux soutien financier. En effet, un géné­reux donateur serait prêt à fi­nancer le projet à hauteur de 70% sous forme d'un don. Soit 280 000 euros tandis que les 120 000 autres euros provien­draient d'une subvention du conseil régional.
Ce qui constituerait pour la Ville une opération blanche. Mais nous n'en sommes pas encore là.
Très loin même, puisqu'au vu des risques que cela comporte pour l'environnement, on voit mal comment les services de l'État pourraient revenir sur leur position.
1. Le coût du rapport s'élevait à plus de 50 000 euros.
2. Subvention de 120 000 euros du conseil régional


SÉBASTIEN BOTELLA
LE VAR MATIN du 30 juin 2011
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